Section 13
Troubles auditifs et vestibulaires

Avertissement

  • La déficience auditive peut être permanente ou temporaire.
  • Il n’existe aucune norme sur l’acuité auditive pour les personnes qui conduisent des véhicules non commerciaux au Canada.
  • Les personnes qui conduisent certains types de véhicules commerciaux peuvent être soumises à des normes sur l’acuité auditive.

13.1 Aperçu

Les recherches n’ont pas démontré que la perte auditive ait un effet important sur les risques d’accident. De plus, les personnes qui conduisent des véhicules non commerciaux n’ont jamais fait l’objet de normes d’acuité auditive, bien qu’on en ait imposé aux conducteurs et aux conductrices de véhicules commerciaux afin de s’assurer que ces personnes peuvent accomplir les tâches associées au type de véhicule ou de fret. Ces normes sont toutefois contestées au Canada, sous motif qu’elles ne correspondent pas à l’aptitude à conduire, mais seraient plutôt, dans les faits, des exigences liées au poste qui n’ont aucun lien avec la capacité d’une personne à conduire le véhicule.

Les personnes atteintes d’une perte auditive grave seront toutefois moins en mesure de détecter les sirènes d’urgence et autres signaux routiers audibles (p. ex., les sifflets de train et les avertisseurs de passage à niveau). Le cas échéant, il faudra les encourager à porter une prothèse auditive lorsqu’elles conduisent, sans égard à l’existence de normes d’acuité auditive.

Un dysfonctionnement vestibulaire qui cause des vertiges peut avoir un effet sur l’aptitude à conduire.

13.2 Troubles auditifs

13.2.1 Normes

Parmi les normes médicales décrivant l’aptitude à conduire, celle sur l’acuité auditive chez les conducteurs et conductrices constitue une anomalie. En effet, toutes les autres normes se justifient par le risque accru d’accident de la route ou le danger manifeste pour la sécurité routière que représente un problème médical donné. Ainsi, même si aucune étude n’établit qu’une personne aveugle présente un risque accru d’accident de la route, il est tout de même évident qu’elle ne devrait pas conduire. En revanche, aucune étude n’a réussi à démontrer que les déficiences auditives accentuent le risque d’accident de la route (Dow et coll., 2022), et les personnes qui conduisent des véhicules non commerciaux n’ont jamais fait l’objet de normes d’acuité auditive. Ainsi, les personnes qui s’opposent au rôle de la norme d’acuité auditive soutiennent souvent que si cette norme reflétait réellement à une « aptitude à la conduite », elle s’appliquerait à tous les personnes qui conduisent un véhicule et non seulement à la conduite de véhicules commerciaux. En l’absence d’une telle application, ils font donc valoir qu’elle ne devrait aucunement être incluse dans les normes médicales.

Les normes actuelles d’acuité auditive ne s’appliquent qu’aux conducteurs et aux conductrices de certains types de véhicules (autobus, véhicules d’urgence, taxis et véhicules transportant des matières dangereuses) et aux Canadiens ou Canadiennes qui souhaitent conduire des véhicules commerciaux aux États-Unis. En d’autres mots, la norme d’acuité auditive ne porte pas sur l’aptitude à conduire le véhicule en elle-même, comme les autres normes médicales, mais plutôt sur la capacité du conducteur ou de la conductrice à accomplir les tâches connexes à leur emploi. Elle se penche donc sur les exigences de la fonction de conducteur ou conductrice de véhicules de ce genre qui ont une incidence concrète sur la sécurité routière plutôt que sur l’aptitude à conduire ledit véhicule.

La norme canadienne actuelle d’acuité auditive (Conseil canadien des administrateurs en transport motorisé, 2021) exige qu’un conducteur ou une conductrice qui demande ou qui renouvelle un permis de conduire de classe 2 ou 4, qui transporte des marchandises dangereuses avec un permis de classe 1, 3 ou 5, ou que tout Canadien ou Canadienne conduisant aux États-Unis un véhicule couvert par un permis de classe 1 à 4 doit être en mesure de percevoir un chuchotement forcé à au moins 1,5 m (5 pi) sans prothèse auditive ou que la déficience auditive de leur meilleure oreille soit d’au plus 40 dB calculée en moyenne à 500, 1000 et 2000 Hz. Leur perte d’audition corrigée, elle, doit être d’au plus 40 dB calculée en moyenne à 500, 1000 et 2000 Hz et leur score corrigé de reconnaissance des mots d’au moins 50 % à 60 %.

La norme d’acuité auditive est probablement la plus complexe à faire appliquer pour les bureaux des véhicules automobiles. En effet, si elle ne semble s’appliquer à première vue qu’aux personnes qui conduisent les véhicules appartenant aux classes soumises à la norme, cette apparence est trompeuse. Au Canada, l’octroi d’un permis de conduire d’une classe particulière couvre également toutes les classes inférieures. Dès lors, un permis de classe 3 couvre aussi les classes 4 et 5, à moins que le conducteur ou la conductrice n’ait demandé explicitement l’exclusion d’une ou de plusieurs classes. Par conséquent, un conducteur ou une conductrice avec un permis de classe 1 (donc avec toutes les classes), mais qui ne conduit qu’un camion articulé (classe 1), ne transporte jamais de matières dangereuses et ne se rend jamais aux États-Unis avec son véhicule verra tout de même des restrictions s’appliquer à son permis s’il devait avoir une perte auditive excédant la norme pour les permis de classes 2 et 4, de même que s’il transporte des matières dangereuses et s’il conduit aux États-Unis (qu’il n’exerce aucune de ces deux activités n’a aucune incidence sur l’octroi du permis).

Il faut également noter que même une personne qui ne détient qu’un permis de classe 5 (aussi appelée un conducteur ou une conductrice de véhicule non commercial) pourrait devoir se soumettre à la norme d’acuité auditive advenant qu’elle conduise une camionnette ou une fourgonnette transportant des matières dangereuses en quantité suffisante pour nécessiter des mises en garde de matières dangereuses.

Les normes canadiennes d’acuité auditive pour les personnes qui conduisent des véhicules commerciaux sont actuellement en révision et leur abolition éventuelle est possible.

En cas de doute ou d’échec lors d’un dépistage auditif comme le test du chuchotement, une évaluation audiométrique appropriée doit être réalisée.

13.2.2 Prothèses auditives

Même avec une fonction de réduction du bruit, les prothèses auditives et les implants cochléaires amplifient les bruits ambiants, ce qui peut fatiguer ou ennuyer la personne qui les porte. De plus, s’ils ne fonctionnent pas bien, ces dispositifs peuvent masquer des sons avertisseurs que le conducteur ou la conductrice doit pouvoir entendre. Si les médecins qui réalisent l’examen croient que le conducteur ou la conductrice présente un risque en raison de son trouble auditif, elles et ils doivent diriger la personne concernée vers les prestataires de soins de santé auditive qui ont réalisé l’évaluation du problème et déterminé s’il est permanent ou corrigible.

13.3 Troubles vestibulaires

Les troubles vestibulaires peuvent être classés selon leurs diagnostics propres. Ils peuvent toutefois avoir un effet sérieux sur l’aptitude à conduire.

13.3.1 Vertige positionnel paroxystique bénin

Le vertige positionnel paroxystique bénin est de loin la cause la plus fréquente de vertige périphérique; l’invalidité est temporaire, généralement de moins de deux mois. Il est habituellement sécuritaire pour une personne atteinte de ce type de vertige de conduire, sauf si elle est sensible aux mouvements horizontaux de la tête; dans un tel cas, il faut recommander à la personne de s’abstenir de conduire jusqu’à ce que le problème se soit résorbé ou qu’elle ait répondu au traitement.

13.3.2 Labyrinthite ou neuronite vestibulaire

Il faut recommander aux personnes atteintes d’un trouble vestibulaire unilatéral aigu, comme une labyrinthite ou une neuronite vestibulaire, de s’abstenir de conduire jusqu’à ce qu’elles se soient rétablies et que les symptômes aigus aient disparu. Le rétablissement est progressif sur une période d’un à deux mois. La personne concernée doit s’abstenir de conduire pendant cette période. Une récidive peut survenir dans de rares cas, mais elle ne constitue pas une indication pour recommander la suspension du permis.

13.3.3 Maladie de Ménière

Les médecins doivent évaluer si les personnes atteintes de la maladie de Ménière ou d’autres causes de vertiges aigus récurrents sont toujours aptes à conduire. Les personnes qui ont des attaques graves, prolongées ou chroniques doivent faire l’objet d’une évaluation en service d’oto-rhino-laryngologie pour des examens approfondis et un traitement adéquat.

Il faut conseiller à ces personnes de quitter la route au premier signe d’attaque aiguë et de ne pas reprendre le volant avant la disparition des symptômes. Elles pourraient également vouloir s’abstenir de conduire seules sur de longues distances. La maladie de Ménière peut causer une surdité permanente; une telle perte auditive doit être évaluée chez les conducteurs et conductrices de véhicules commerciaux qui sont touchés par la norme auditive.

13.3.4 Crise otolithique (« drop attack »)

Les crises otolithiques de Tumarkin (chutes non syncopales) sont associées à la maladie de Ménière. Dans les cas où la personne ressent des symptômes alors qu’elle est assise ou que ses crises s’accompagnent de symptômes débilitants comme une aura, des nausées ou des vertiges, elle doit s’abstenir de conduire jusqu’à ce que ses symptômes aient fait l’objet d’un examen et soient contrôlés par un traitement médical.

13.3.5 Hypofonctionnement vestibulaire bilatéral chronique

La maladie de Ménière, la labyrinthite et la neuronite vestibulaire peuvent être bilatérales et évoluer vers un hypofonctionnement vestibulaire chronique symptomatique.

La majorité des personnes ayant un hypofonctionnement vestibulaire bilatéral chronique peuvent conduire en toute sécurité si elles n’ont pas d’attaque aiguë de vertige ou s’appuient davantage sur la vision ou la proprioception pour la perception spatiale. Celles qui ont perdu la totalité de la fonction vestibulaire des deux côtés éprouveront des difficultés à conduire la nuit ou sur des routes cahoteuses; conduire dans ces conditions pourrait donc ne pas être sécuritaire pour ces personnes. Dans ces cas, un test routier réalisé dans de telles conditions, si possible, pourrait être le meilleur indicateur de l’aptitude à conduire.


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