Section 6
Médicaments et drogues illicites

Avertissement

Contre-indications immédiates à la conduite — il faut recommander à une personne chez qui on a signalé ou constaté un des problèmes suivants de ne pas conduire tant que son état n’aura pas été évalué et que le problème n’aura pas été traité ou résolu :

  • sédation consciente
  • stimulation
  • vision floue
  • récupération plus longue après éblouissement 
  • déficience de la coordination ou de la mobilité 
  • baisse des résultats au test d’habileté 
  • changements de comportement, en particulier en ce qui a trait à la prise de risques
  • changements du traitement de l’information
  • changements du processus de réflexion
  • toxicomanie

Les médecins qui prescrivent de la marijuana à des fins médicales devraient aussi offrir des conseils sur la conduite dans le cadre de leurs discussions avec leurs patients ou patientes.

6.1 Aperçu

Il faut recommander aux personnes qui prennent des drogues illicites, des médicaments d’ordonnance ou des médicaments en vente libre, reconnus pour leurs effets pharmacologiques ou effets secondaires susceptibles de nuire à l’aptitude à conduire de s’abstenir de conduire avant que l’on connaisse leur réaction ou que les effets secondaires pouvant affecter la conduite disparaissent (p. ex., personnes stabilisées par une thérapie à long terme aux opiacés contre la douleur chronique ou la dépendance physique aux opiacés) (Asbridge et coll., 2021). Il ne faut pas oublier que les médicaments peuvent aussi avoir des effets indésirables inattendus qui risquent de nuire à l’aptitude à conduire.

On craint de plus en plus que les conducteurs et conductrices de véhicules commerciaux conduisent souvent avec des facultés affaiblies par l’alcool, le cannabis et ses dérivés, de même que par des stimulants. Il est bien connu que l’alcool et le cannabis détériorent l’habileté à conduire. Même si les camionneurs et camionneuses au long cours utilisent parfois des stimulants pour lutter contre la fatigue, des études ont démontré que les personnes qui utilisent des stimulants ont des comportements plus risqués au volant, respectent moins les règlements de la circulation et le code de la route et risquent davantage de s’endormir et d’avoir un accident (https://www.ccsa.ca/impaired-driving). Les études sur les accidents de véhicules à moteur et les facultés altérées par les médicaments ont démontré que les antidépresseurs, les benzodiazépines et les médicaments Z prescrits couramment pour aider à dormir présentent un risque accru (Dassanayake et coll., 2011; National Institute on Drug Abuse, 2019). Même si les médicaments Z comme le zopiclone sont commercialisés comme non-benzodiazépines, ils ont un effet sur le complexe récepteur des benzodiazépines et sont clairement sédatifs hypnotiques. On a constaté que les effets de 7,5 mg de zopiclone équivalent à une alcoolémie de 0,5 à 0,8 mg/mL (Leufkens et Vermeeren, 2014). Les effets résiduels qui provoquent le louvoiement et les variations de vitesse au volant persistent au moins 11 heures après la dose nocturne (Leufkens et Vermeeren, 2014).

L’utilisation simultanée de plusieurs substances psychotropes ou psychoactives (p. ex., combinaison d’alcool et d’antihistaminiques, de benzodiazépines ou de médicaments Z) peut augmenter les risques d’effets secondaires. Chez les personnes âgées, il est possible d’établir un lien entre l’augmentation du nombre de médicaments d’ordonnance, sans égard à leur type, et un risque accru d’altération des facultés au volant en raison d’effets secondaires sur la cognition et d’interactions entre des médicaments, en particulier lorsque l’on a prescrit cinq médicaments ou plus.

Il est essentiel de procéder à une évaluation appropriée de la personne concernée, en considérant notamment la possibilité d’une toxicomanie, afin de s’assurer que le risque de conduite avec facultés affaiblies n’augmente pas.

Les personnes chez lesquelles on a diagnostiqué un trouble lié à l’utilisation des substances (médicaments ou drogues illicites) ont besoin de traitements spécialisés. On devrait leur conseiller de ne pas conduire tant que leur rétablissement n’est pas suffisamment stable. La déclaration du trouble d’utilisation peut être obligatoire, selon l’administration (voir la section 3, Déclaration – quand et pourquoi).

Les effets continus des médicaments d’ordonnance (p. ex., thérapie à long terme aux opioïdes contre la douleur chronique ou pour le traitement du trouble lié à l’utilisation des opioïdes) n’altèrent pas les facultés au volant une fois la tolérance établie. Il ne faut pas oublier que les médicaments pris selon l’ordonnance ou la prescription peuvent avoir aussi des effets indésirables inattendus.

Pour s’assurer que la patientèle est toujours apte à conduire, il faut envisager des soins continus et un suivi biologique visant à déterminer qu’elle est en rémission. Il importe pour les médecins de premier recours de surveiller dans quelle mesure la personne se conforme au traitement recommandé et se rétablit, car elle demeure vulnérable à la rechute pendant le reste de sa vie. Il faut poser un jugement clinique pour évaluer le risque de conduire avec les facultés altérées par la drogue. La consultation en médecine de spécialité du traitement de la toxicomanie doit être envisagée dans les cas où les médecins de premier recours ont un doute quelconque concernant le rétablissement de leur patient ou patiente.

Les personnes qui ont une réaction de sevrage à des médicaments psychotropes ou psychoactifs peuvent être temporairement incapables de conduire et il faut leur recommander de s’abstenir de conduire jusqu’à ce que les symptômes aigus aient disparu.

6.2 Antécédents cliniques

Lorsqu’on évalue l’aptitude d’une personne à conduire, il faut tenir compte de l’utilisation qu’elle fait de toutes substances psychoactives (seules ou combinées) y compris l’alcool (voir les « signaux d’alarme » à la section 5.2, Évaluation : antécédents cliniques), les médicaments d’ordonnance, les médicaments en vente libre et les drogues illicites.

Les facteurs de risque qui peuvent accroître le risque de conduire avec des facultés altérées par une substance psychoactive sont les suivants :

  • les « signaux d’alarme » énumérés à la section 5.2 
  • le jeune âge de la personne ou le fait d’être relativement inexpérimentée, en particulier pour ce qui est des conducteurs de genre masculin
  • l’âge avancé chez une personne qui prend des benzodiazépines ou des médicaments Z prescrits, surtout si elle prend de l’alcool en même temps
  • une faible contrainte psychologique
  • un comportement antisocial démontré
  • d’autres comportements risqués démontrés au volant (p. ex., vitesse, non-utilisation de la ceinture de sécurité)

6.3 Médicaments courants

Il importe de tenir compte des médicaments et drogues illicites qui, seuls ou combinés, ont un effet psychoactif sur le système nerveux central ou périphérique ou des effets secondaires sur les autres fonctions du corps.

6.3.1 Sédatifs et hypnotiques

Les personnes qui prennent des sédatifs légers ou des hypnotiques à action brève (somnifères) sans éprouver de somnolence (autre que les améliorations prévisibles du sommeil) peuvent quand même avoir une incapacité résiduelle le lendemain. La consommation de benzodiazépines représente toutefois un important facteur de risque pour la conduite, en particulier chez les jeunes et les personnes âgées. Les personnes qui suivent un traitement sédatif plus puissant pour des raisons thérapeutiques ne doivent pas conduire. La consommation simultanée d’alcool dans de telles circonstances alourdit le risque d’altération des facultés.

6.3.2 Antihistaminiques, médicaments contre le mal des transports et relaxants musculaires en vente libre

La somnolence et les étourdissements sont des effets secondaires fréquents — et imprévisibles — des anciennes générations d’antihistaminiques, des médicaments contre le mal des transports et des relaxants musculaires comme le carisoprodol ou la cyclobenzaprine. Les nouveaux antihistaminiques « sans somnolence » sont jugés plus sécuritaires, mais ils peuvent avoir un effet dépresseur sur le système nerveux central. Il faut avertir les personnes qui prennent ces médicaments pour la première fois de s’abstenir de conduire jusqu’à ce que l’on ait déterminé si elles sont sensibles à ces effets secondaires.

Il faut évaluer attentivement l’utilisation par un patient ou une patiente de médicaments en vente libre pouvant causer des étourdissements et la somnolence, tels que le dimenhydrinate, les anciennes générations d’antihistaminiques et les relaxants musculaires (y compris les produits contenant l’un de ces agents). On a démontré que le dextrométhrophane, antitussif courant, affaiblit les facultés (louvoiement, inobservance des signaux de circulation et implication dans des accidents), particulièrement lorsqu’il est combiné à un antihistaminique comme la chlorphéniramine.

6.3.3 Opioïdes

La consommation d’opiacés comme la codéine (d’ordonnance ou en vente libre), l’héroïne, la morphine et les opiacés synthétiques (comme la mépéridine et le fentanyl) peut entraîner des réactions euphoriques ou dépressives ou une incapacité à se concentrer. Il faut évaluer les effets secondaires chez la patientèle, ainsi que la fréquence d’utilisation, la tolérance et les effets toxicomanogènes. Il faut surveiller les effets secondaires, et en particulier la somnolence, chez les personnes qui prennent un analgésique opiacé d’ordonnance comme thérapie de longue durée.

La patientèle inscrite à un programme officiel de traitement d’entretien par agoniste opioïde, que ce soit de la méthadone ou de la buprénorphine prescrite par des médecins, peut habituellement obtenir un permis des classes 5 et 6. On recommande une période d’attente après le début d’un programme de maintien par un agoniste avant de recommencer à conduire, et la surveillance clinique de l’utilisation simultanée d’autres médicaments ou drogues (p. ex., tests d’urine). Les personnes qui suivent des programmes de traitement aux agonistes des opiacés peuvent aussi être admissibles à certains permis commerciaux. L’évaluation et le suivi doivent être personnalisés.

6.3.4 Stimulants du système nerveux central

Les stimulants du système nerveux central, comme les amphétamines ou la cocaïne, ont des effets secondaires imprévisibles qui nuisent souvent à la capacité de conduire. L’abus de ces médicaments sympathicomimétiques est contre-indiqué pour la conduite automobile.

L’utilisation d’amphétamines prescrites, comme celles qui servent à traiter les troubles du déficit d’attention et du sommeil, ne nuit pas nécessairement à la capacité de conduire s’ils sont pris régulièrement à une dose stable. Les médecins qui prescrivent ces médicaments doivent toutefois faire un suivi régulier auprès de leurs patientes et patients.

6.3.5 Hallucinogènes

Des drogues comme le cannabis et ses dérivés, l’acide lysergique diéthylamide (LSD) et la méthylènedioxyméthamphétamine (MDMA) altèrent la perception. La conduite automobile est contre-indiquée si l’une de ces drogues cause une altération de leurs capacités fonctionnelles. Il faut évaluer individuellement l’aptitude à conduire des personnes qui consomment de la marijuana à des fins médicales. Il est illégal de conduire un véhicule automobile sous l’influence d’une drogue qui entraîne une altération de la capacité à conduire un véhicule à moteur, indépendamment du fait qu’elle a été prescrite par un médecin.

6.3.6 Substances inhalées

Les substances inhalées, comme les solvants, la colle et l’essence, sont toxiques pour le système nerveux central. L’utilisation de ces substances peut aussi engendrer des effets toxicomanogènes et amener une incapacité à conduire un véhicule à moteur pendant une intoxication aiguë ou en raison de dommages chroniques au cerveau.

6.3.7 Antidépresseurs et antipsychotiques

Au cours de la phase initiale d’ajustement de la posologie, il faut observer les personnes qui prennent des antidépresseurs ou des antipsychotiques et les avertir de ne pas conduire si elles et ils ressentent le moindre signe de somnolence ou d’hypotension. On a constaté que les antidépresseurs tricycliques nuisent à la capacité de conduire, en particulier chez les personnes âgées. Les patientes et patients stables qui prennent une dose d’entretien et ne ressentent aucun symptôme peuvent habituellement conduire un véhicule de toute catégorie.

6.3.8 Anticonvulsivants

Certains médicaments utilisés pour contrôler les crises d’épilepsie peuvent provoquer la somnolence chez la patientèle, surtout après une première administration ou une augmentation de la posologie. Il faut observer de près les personnes concernées et les avertir de ne pas conduire tant que cet effet secondaire persistera. Les permis de conduire des patientes et patients qui prennent ces médicaments peuvent aussi être assortis de restrictions en raison du trouble épileptique sous-jacent. Il faut les prévenir du risque d’activité épileptique et de la possibilité de restriction de leur permis de conduire qui peuvent découler des rajustements de la posologie. Veuillez consulter la section 11, Système nerveux du présent guide et en particulier l’avertissement au début de la section et le paragraphe 11.4, Crises convulsives.

6.3.9 Sédation consciente en milieu ambulatoire

Il faut avertir la patientèle de ne pas conduire pendant 24 heures après une sédation consciente (voir la section 23, Anesthésie et chirurgie).

6.3.10 Agents anti-infectieux

À fortes doses ou à des doses thérapeutiques, certains agents anti-infectieux peuvent provoquer la somnolence ou un trouble de l’équilibre. Il faut avertir la patientèle de ne pas conduire si elle ressent ces effets secondaires.

Les agents antimicrobiens et antiprotozoaires qui ont un effet sur la conscience sont l’amoxicilline, la cloxacilline, la ticarcilline, la céphalothine, la céfazoline, la ceftazidime, le céfuroxime, la tobramycine, la lomefloxacine, la péfloxacine, l’amphotéricine B, l’acyclovir, la chloroquine, le clioquinol et le métronidazole.

6.3.11 Agents anticholinergiques

Les agents anticholinergiques peuvent causer une sédation ou un état confusionnel (apparition aiguë de déficits de la cognition souvent associés à des hallucinations et à des fluctuations du niveau de conscience), en particulier chez les personnes âgées. Il faut avertir les patientes et patients (et les membres de leurs familles) que les personnes qui ont ces effets secondaires ne doivent pas conduire.

Au nombre des médicaments pouvant avoir des effets anticholinergiques figurent les antidépresseurs, les antipsychotiques, les antihistaminiques et les antiprurigineux, les antiparkinsoniens, les antispasmodiques et les antiémétiques.

6.3.12 « Drogues de synthèse » et substances psychoactives à base de plantes

L’incapacité à conduire peut faire suite à une utilisation épisodique ou régulière de drogues de synthèse et de substances psychoactives à base de plantes. Par conséquent, il faut avertir la patientèle qu’elle ne peut pas conduire lorsqu’elle consomme un de ces produits pour leur effet psychoactif ou somnifère.

6.3.13 Antiparkinsoniens

Tous les médicaments contre la maladie de Parkinson peuvent entraîner de la somnolence diurne excessive, qui peut être quantifiée à l’aide de l’échelle de somnolence Epworth (http://epworthsleepinessscale.com/about-the-ess/). Ce problème est particulièrement évident avec les nouvelles générations d’agonistes dopaminergiques (ropinirole et pramipexole).

Il faut prévenir les personnes qui doivent prendre ces médicaments de ce risque et leur conseiller de ne pas conduire si elles éprouvent une somnolence diurne ou des épisodes d’endormissement, sans avertissement ou dans des lieux inusités (p. ex., lors d’une conversation ou d’un repas). L’ajustement de la posologie ou le traitement d’un trouble du sommeil associé peut permettre le retour à la conduite après une période d’observation.

6.3.14 Cannabis — usage récréatif et médical

Le cannabis est une substance psychoactive contenant un ingrédient toxicomanogène précis appelé delta-9-tetrahydrocannabinol (THC) qui a un effet sur les circuits cérébraux de récompense et entraîne un déficit cognitif et affectif pouvant avoir un effet sur la capacité de conduire, plus précisément en perturbant la perception et l’environnement et la réaction à celui-ci. Des produits pharmaceutiques comme le dronabinol, le nabilone, les nabiximoles (combinaison de THC et d’un produit non psychoactif dans le plant de marijuana et le cannabidiol [CBD]) sont disponibles. Bien que le cannabis soit maintenant légal au Canada, il est considéré comme dommageable d’un point de vue physiologique.

Une décision judiciaire a obligé Santé Canada à rendre le cannabis disponible pour les personnes désireuses de l’utiliser à des fins médicales (par le biais du Règlement sur l’accès au cannabis à des fins médicales, maintenant abrogé). La marijuana thérapeutique n’est cependant pas un médicament approuvé et les milieux scientifique et clinique remettent toujours en question son efficacité. Comme le Collège des médecins de famille du Canada (CMFC) l’indique dans son énoncé de position sur la question :

La fumée est un mode d’administration dangereux, puisque : a) les psychotropes atteignent le SNC [système nerveux central] beaucoup plus rapidement qu’avec tout autre mode, provoquant une intoxication; b) la fumée contient des centaines de produits chimiques potentiellement cancérogènes ou nocifs pour le cœur ou d’autres organes. De même, on ne dispose d’aucune donnée sur l’innocuité ou l’efficacité de la marijuana administrée par voie orale (CMFC, 2013).

Il y a un lien direct entre la concentration sanguine de THC et l’altération de la capacité de conduire parce que le jugement, la coordination motrice et le temps de réaction sont atteints (Ramaekers et coll., 2004). On n’a établi aucun niveau d’utilisation « à faible risque » et la dose est difficile à déterminer lorsque le cannabis est fumé.

Même si le niveau d’intoxication aigu ou chronique au THC est difficile à évaluer, il convient de signaler que le cannabis est la substance la plus souvent présente chez les conducteurs et conductrices impliqués dans des accidents mortels, après l’alcool (https://www.ccsa.ca/fr/conduite-avec-facultes-affaiblies). Une méta-analyse de plusieurs études a permis de calculer que le risque d’accident double après l’usage de cannabis (Hartman et Huestis, 2013). Les auteurs d’une autre étude ont constaté l’existence d’un lien entre des concentrations sanguines plus élevées de THC et des conducteurs et conductrices impliqués dans un accident et une probabilité de responsabilité qui est de trois à sept fois plus élevée que chez les personnes n’ayant pas consommé de drogues ou d’alcool (Brady et Li, 2014). On a constaté que les risques associés à la combinaison cannabis et alcool sont plus importants que dans le cas de l’une ou l’autre des drogues consommées séparément (Lenné et coll., 2010). À la suite de modifications de la loi dans diverses administrations, il faut s’attendre à ce que le nombre d’accidents, de traumatismes et de décès augmente parallèlement à la montée des taux de conduite sous l’influence du cannabis en raison de la disponibilité et de la consommation accrue par des conducteurs et conductrices.

Des statistiques publiées par Santé Canada et tirées du programme portant sur la marijuana thérapeutique avant les modifications apportées récemment à la loi révèlent que l’utilisateur moyen ou l’utilisatrice moyenne consomme 2,1 g de cannabis séché par jour, ce qui équivaut à quelque cinq joints par jour, puisque le joint type contient entre 500 et 750 mg de cannabis séché (Santé Canada, 2019). Dans le document cité plus tôt, le CMFC recommande que les patientes et patients s’abstiennent de conduire pendant cinq heures après avoir fumé un joint (CMFC, 2013). Dans le cadre du programme de Santé Canada, l’utilisateur moyen ou l’utilisatrice moyenne devrait donc s’abstenir de conduire les jours où il ou elle a consommé la quantité moyenne de cannabis, ou pendant au moins cinq heures après avoir fumé un seul joint. Les bureaux des véhicules automobiles ont vu des conducteurs et conductrices consommer, selon la déclaration de leur médecin, jusqu’à 30 g par jour (45–60 joints) tout en demeurant prétendument aptes à conduire. La situation est dangereuse, car des médecins peuvent être tenus responsables de tout accident lié à une dose approuvée.

Les médecins doivent évaluer l’état de la patientèle et discuter très attentivement de leur consommation de marijuana et du risque lié à la conduite avec facultés affaiblies. La discussion doit inclure les recommandations d’éviter de conduire pendant une période donnée après avoir consommé du cannabis. Il faut aussi souligner qu’il est illégal en vertu du Code criminel de conduire sous l’influence du cannabis, quelle que soit la justification de sa consommation, et que la personne concernée est passible de sanctions.

Des changements récents apportés à la politique publique de diverses administrations des États-Unis et la légalisation du cannabis au Canada ont rendu la drogue plus accessible, et on s’attend à ce que la conduite avec facultés affaiblies soit plus fréquente (similairement à l’alcool) (Centre canadien sur les dépendances et l’usage de substances, 2020). Selon les données d’un sondage de Statistique Canada (Statistique Canada, 2020), on a observé une petite hausse, de 14% à 17%, de la proportion de Canadiens et Canadiennes qui consommaient du cannabis dans les trois mois précédents entre 2018 (avant la légalisation) et 2019. Les données des États-Unis extrapolées au contexte canadien prévoient jusqu’à 308 décès additionnels associés à un accident de la route chaque année (Windle et coll., 2021).

Il convient d’envisager d’informer les bureaux des véhicules automobiles appropriés si le problème de santé qui nécessite la consommation de cannabis ou la consommation de marijuana thérapeutique elle-même pouvaient avoir un effet négatif sur l’aptitude à conduire de manière sécuritaire de la personne, ou si cette dernière présente une pharmacodépendance au cannabis.


Références

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