Section 5
Alcool

Avertissement

  • Avoir les facultés affaiblies par l’alcool constitue une contre-indication immédiate à la conduite.
  • Il faut évaluer les personnes chez qui l’on soupçonne un trouble de consommation d’alcool afin de déterminer la nature du problème et leur recommander de ne pas conduire avant que le problème soit efficacement traité et en rémission.
  • L’approche axée sur l’abstinence est le meilleur traitement de la dépendance à l’alcool pour empêcher la récidive en matière de conduite avec facultés affaiblies.

5.1 Aperçu

L’alcool est une drogue à effet dépresseur qui a des effets à la fois sédatifs et désinhibiteurs. Il nuit aussi au jugement d’un conducteur ou d’une conductrice, au contrôle de ses réflexes et à son comportement à l’égard d’autrui. La conduite avec les facultés affaiblies par l’alcool constitue le facteur de risque le plus courant d’accidents de la route et des traumatismes qui en découlent. La disponibilité de l’alcool et la conduite avec facultés affaiblies sont deux facteurs indissociables (American Psychiatric Association, 2013). Des changements récents à la politique publique de nombreuses administrations, ayant assoupli les restrictions quant à la consommation d’alcool dans les lieux publics, offrent de grandes possibilités, surtout la consommation par les personnes mineures, et augmentent la probabilité de conduite avec les facultés affaiblies (Centre canadien sur les dépendances et l’usage de substances, 2020).

Les personnes accusées par la police de conduite avec facultés affaiblies verront leur privilège de conduire assorti de restrictions conformément à la loi de leur province ou de leur territoire. Les lignes directrices présentées ici ne visent pas à entrer en conflit avec cette loi.

Chez certains buveurs habituels et buveuses habituelles, particulièrement ceux et celles consommant des quantités importantes d’alcool, un sevrage peut causer des convulsions. Pour en savoir plus sur les crises provoquées par un sevrage de l’alcool, voir la section 11.4.7, Crises provoquées par un sevrage de l’alcool.

5.2 Évaluation : antécédents cliniques

Les scientifiques ont identifié un groupe de conducteurs et conductrices dont l’alcoolémie au volant est en moyenne deux fois plus élevée que la limite légale, qui ont déjà été condamnés et ont perdu leur permis de conduire, qui peuvent conduire sans permis valide et ont probablement besoin de traitement pour une dépendance à l’alcool. 

La plupart des études comprises dans une revue systématique récente ont démontré qu’un trouble d’utilisation de l’alcool est lié à un risque accru d’accident de la route, et une étude a révélé que le risque s’aggravait avec la sévérité du trouble (Charlton et coll., 2021). 

On a défini un certain nombre de « signaux d’alarme » cliniques pouvant indiquer une consommation continue d’alcool susceptible de nuire à la capacité de conduire (American Psychiatric Association, 2013). Ces indicateurs comprennent les suivants :

  • personne déjà reconnue coupable d’au moins une infraction de conduite automobile, en particulier d’une infraction liée à l’alcool ou à la drogue
  • personne arrêtée lorsque son alcoolémie atteignait 32,6 mmol/L (équivalent de 0,15 % ou 150 mg/100 mL) ou plus (le faible risque de détection sous-entend qu’elle a probablement déjà conduit dans cet état)
  • diagnostic clinique de dépendance à l’alcool ou d’abus d’alcool (« trouble d’utilisation de l’alcool » dans le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux [DSM-5; American Psychiatric Association; 2013])
  • résistance à la suggestion de changer de comportement face à l’alcool au volant, souvent associée à des tendances antisociales comme l’agression et l’hostilité
  • utilisation concomitante de drogues illicites (p. ex., alcool et marijuana ou alcool et cocaïne; l’ingestion simultanée d’alcool et de cocaïne produit le cocaéthylène, un métabolite toxique dangereux et plus lent à se métaboliser)
  • genre masculin
  • personnes âgées de 25–45 ans
  • niveau de scolarité : études secondaires ou moins
  • infractions antérieures de conduite automobile ou autres délits criminels
  • comportement risqué dans des situations autres que la conduite
  • manque de jugement démontré dans des situations autres que la conduite
  • agressivité dans des situations autres que la conduite
  • habitudes de vie associées à la fatigue et au manque de sommeil
  • en état d’ébriété au moment d’une consultation de routine

Les personnes qui boivent et conduisent, celles qui conduisent en état d’ébriété et celles qui présentent une forte probabilité de conduire en état d’ébriété ne doivent pas conduire de véhicule automobile avant de s’être soumises à une évaluation plus poussée. 

Les médecins doivent se familiariser avec les signes et les symptômes qui devraient être une source de préoccupations concernant l’alcool au volant. Elles et ils doivent envisager la possibilité de réaliser des tests de dépistage et de faire une évaluation en vue de diriger au besoin les personnes concernées vers des spécialistes appropriés, et sont tenus de signaler au ministère des Transports de leur province ou territoire leurs patientes et patients qui ont des problèmes de consommation excessive, conformément à la loi provinciale ou territoriale applicable. Les médecins doivent savoir que dans certaines administrations, la déclaration au bureau des véhicules automobiles de cas d’alcool au volant pourrait entraîner la suspension immédiate du permis de conduire de la personne en attendant une évaluation plus poussée. 

Une personne qui s’est fait suspendre son permis en raison d’un diagnostic de trouble d’utilisation de l’alcool peut faire une demande de rétablissement du permis sous certaines conditions, telles qu’une rémission durable. Il est donc important pour les médecins de premier recours de surveiller l’adhésion du patient ou de la patiente aux recommandations de traitement et au rétablissement, puisqu’elles et ils risquent de devoir soumettre des rapports de progression ou de confirmer la rémission durable de la personne concernée. 

La personne demeure vulnérable à la rechute pendant le reste de sa vie. Il faut poser un jugement clinique pour évaluer le risque de conduite avec facultés affaiblies. La consultation en médecine de spécialité du traitement des toxicomanies doit être envisagée dans les cas où les médecins de premier recours ont un doute quelconque concernant le rétablissement axé sur l’abstinence du patient ou de la patiente.


Références

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Canadian Centre on Substance Use and Addiction. Research: Driving under the influence of alcohol. Toronto (ON): The Centre; 2020. Accessible ici : https://www.ccsa.ca/research-impaired-driving#driving-under-the-influence-of-alcohol (consulté le 5 août 2022).

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Autres ressources

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