Section 14
Maladies cardiovasculaires

Avertissement

  • Les personnes atteintes de troubles cardiaques qu’il faut hospitaliser ou qui justifient un suivi intensif en raison de leur état instable doivent cesser immédiatement de conduire jusqu’à ce qu’on puisse démontrer que le risque est faible et acceptable.

14.1 Aperçu

Ces recommandations reposent sur les lignes directrices de 2023 de la Société cardiovasculaire du Canada (SCC) sur l’aptitude à conduire (Société cardiovasculaire du Canada, 2023). Elles ont été formulées en vue d’aider les décideurs et les décideuses à évaluer l’aptitude des personnes cardiaques à conduire et ne visent pas à diminuer le rôle du jugement clinique des médecins dans des cas particuliers.

Les recommandations sont présentées sous forme de tableaux (tableaux 4 à 10). On trouve dans le rapport complet des détails sur ces recommandations et d’autres encore*.

Les recommandations sont fondées sur l’avis de spécialistes à l’aide de la formule de calcul du « risque de préjudice » conçue par la SCC et décrite à l’annexe C. L’application dans toute cette section de la formule du « risque de préjudice » crée entre les recommandations une uniformité interne pour les troubles cardiovasculaires, mais ne sous-entend pas qu’il y a cohérence avec les recommandations fondées sur d’autres problèmes ou troubles, que ce soit dans le présent guide ou ailleurs.

Pour établir ses normes sur l’aptitude à conduire, la SCC a adopté la classification fonctionnelle de la New York Heart Association (NYHA) et la fraction d’éjection du ventricule gauche (FEVG) comme indicateurs de gravité pour la majorité des problèmes cardiaques. Ces indicateurs sont également utilisés tout au long de la section.

14.2 Coronaropathie

La plupart des personnes atteintes de coronaropathie présentent un faible risque pour les autres usagères et usagers de la route lors de la conduite. Certaines affections requièrent toutefois une évaluation plus approfondie. Il semble juste de conclure pour des raisons tant cliniques que physiologiques que la charge de travail cardiovasculaire imposée par la conduite d’un véhicule est très faible et que le risque lié à la conduite, de provoquer un syndrome coronarien aigu récurrent avec incapacité est extrêmement mince. Même si un faible pourcentage des personnes atteintes de syndrome coronarien aigu sont victimes d’une incapacité cardiaque subite, la stratification moderne des risques ne permet pas de sélectionner ces personnes de façon significative.

*Guerra, P. G., Simpson, C. S. et Van Spall, H. G. C. 2023 Canadian Cardiovascular Society guidelines on the fitness to drive. [En ligne] Can J Cardiol. 9 oct. 2023. Accessible ici :  https://onlinecjc.ca/article/S0828-282X(23)01755-5/fulltext. Utilisé sous autorisation.

TABLEAU 4 : Recommandations sur l’aptitude à conduire des personnes atteintes de coronaropathie
TroubleConducteurs et conductrices de véhicules non commerciauxConducteurs et conductrices de véhicules commerciaux
SCA : ICP réalisée
STEMI, FEVG ≤ 40 %Peuvent recommencer à conduire après 1 moisPeuvent recommencer à conduire après 3 mois
STEMI, FEVG > 40 %Peuvent recommencer à conduire après 2 semainesPeuvent recommencer à conduire après 1 mois
NSTEMI, LVEF ≤ 40 %Peuvent recommencer à conduire après 1 moisPeuvent recommencer à conduire après 3 mois
NSTEMI, FEVG ≤ 40 %Peuvent recommencer à conduire après 2 semainesPeuvent recommencer à conduire après 1 mois
SCA sans IM (angine instable)Peuvent recommencer à conduire après 48 heuresPeuvent recommencer à conduire après 7 jours
SCA : Aucune ICP
STEMIPeuvent recommencer à conduire après 1 moisPeuvent recommencer à conduire après 3 mois
NSTEMIPeuvent recommencer à conduire après 1 moisPeuvent recommencer à conduire après 3 mois
SCA sans IM (angine instable)Peuvent recommencer à conduire après 7 joursPeuvent recommencer à conduire après 1 mois
Coronaropathie chronique
Angine stable ou coronaropathie asymptomatique*Aucune restrictionAucune restriction
ICP (trouble autre que le SCA)Peuvent recommencer à conduire après 48 heuresPeuvent recommencer à conduire après 48 heures
Chirurgie cardiaque
Pontage aortocoronarienPeuvent recommencer à conduire après 1 moisPeuvent recommencer à conduire après 3 mois

*Une réduction de 50 % ou plus du diamètre de l’artère coronaire gauche principale démontrée par angiographie devrait exclure une patiente ou un patient de la conduite d’un véhicule commercial et une réduction de 70 % ou plus devrait exclure de la conduite de véhicules non commerciaux, sauf si la personne a subi une revascularisation.

Remarque : FEVG = fraction d’éjection du ventricule gauche, ICP = intervention coronarienne percutanée, IM = infarctus du myocarde, NSTEMI = infarctus du myocarde sans élévation du segment ST, SCA = syndrome coronarien aigu, STEMI = infarctus du myocarde avec élévation du segment ST.

Conseils pratiques
  • Pour les personnes ayant subi un pontage aortocoronarien ou une intervention coronarienne percutanée (ICP), la durée indiquée pour la restriction de la conduite s’applique à compter de la date de la chirurgie ou de l’intervention. Pour les personnes hospitalisées, mais qui n’ont subi aucune intervention, la durée de la restriction se calcule à compter du congé de l’hôpital. 
  • Pour les personnes atteintes d’un syndrome coronarien aigu (SCA) chez qui l’on a diagnostiqué une coronaropathie non obstructive par coronarographie, en l’absence d’autres données pour guider la prise de décisions, il est raisonnable de prendre en charge la personne selon l’hypothèse qu’une revascularisation a été effectuée et de prendre les décisions ultérieures en s’appuyant sur le fonctionnement du ventricule gauche.

14.3 Valvulopathie

La valvulopathie peut varier de légère à grave. En général, le risque qu’un conducteur ou qu’une conductrice atteint de valvulopathie représente un danger pour le public dépend en grande partie des facteurs suivants :

  • Symptômes
  • Données d’échocardiographie qui quantifient la lésion valvulaire et les dimensions du ventricule gauche
TABLEAU 5 : Recommandations sur l’aptitude à conduire des personnes atteintes de valvulopathie
TroubleConducteurs et conductrices de véhicules non commerciauxConducteurs et conductrices de véhicules commerciaux
Valvulopathie traitée médicalement
Sténose aortique

Aucune restriction si :

  • classe I ou II de la NYHA

Exclusion si :

  • classes III ou IV de la NYHA

Aucune restriction si :

  • classe I de la NYHA, et
  • aucun épisode d’altération de la conscience, et
  • FEVG ≥ 50 %

Sinon, exclusion

Régurgitation aortique

Aucune restriction si :

  • classes I à III de la NYHA

Exclusion si :

  • classe IV de la NYHA

Aucune restriction si :

  • classe I de la NYHA, et
  • aucun épisode d’altération de la conscience, et
  • FEVG ≥ 50 %

Sinon, exclusion

Régurgitation mitrale

Aucune restriction si :

  • classes I à III de la NYH

Exclusion si :

  • classe IV de la NYHA

Aucune restriction si :

  • classe I de la NYHA, et
  • aucun épisode d’altération de la conscience, et
  • FEVG ≥ 50 %, et
  • aucun antécédent d’hypertension pulmonaire ou d’embolie systémique

Sinon, exclusion

Sténose mitrale

Aucune restriction si :

  • classes I à III de la NYHA

Exclusion si :

  • classe IV de la NYH

Aucune restriction si :

  • classe I de la NYHA, et
  • aucun épisode d’altération de la conscience

Otherwise disqualified

Régurgitation tricuspidienne

Aucune restriction si :

  • classes I à III de la NYHA

Exclusion si :

  • classe IV de la NYHA

Aucune restriction si :

  • classe I de la NYHA
  • aucun épisode d’IC droite ou aucune arythmie soutenue symptomatique, et
  • aucun dysfonctionnement ventriculaire droit, et
  • FEVG ≥ 50 %

Sinon, exclusion

Valvulopathies traitées par cathéter*
Sténose aortique traitée par RVA

Peuvent recommencer à conduire 1 mois après l’intervention si :

  • durée QRS stable‡ et aucun bloc atrio-ventriculaires de degré élevé§ en l’absence d’un stimulateur cardiaque permanent, et
  • classes I à III de la NYHA

Peuvent recommencer à conduire 3 mois après l’intervention si :

  • durée QRS stable‡ et aucun bloc atrio-ventriculaires de degré élevé§ en l’absence d’un stimulateur cardiaque permanent, et
  • classe I de la NYHA
  • FEVG ≥ 30 %

Sinon, exclusion

Régurgitation aortique traitée par RVAC

Peuvent recommencer à conduire 1 mois après l’intervention si :

  • durée QRS stable‡ et aucun bloc atrio-ventriculaires de degré élevé§ en l’absence d’un stimulateur cardiaque permanent, et
  • classes I à III de la NYHA

Peuvent recommencer à conduire 3 mois après l’intervention si :

  • durée QRS stable‡ et aucun bloc atrio-ventriculaires de degré élevé§ en l’absence d’un stimulateur cardiaque permanent, et
  • classe I de la NYHA, et
  • FEVG ≥ 30 %

Sinon, exclusion

Régurgitation mitrale traitée par TEER†

Peuvent recommencer à conduire 48 heures après l’intervention si :

  • classes I à III de la NYHA

Peuvent recommencer à conduire 1 mois après l’intervention si :

  • classe I de la NYHA, et
  • FEVG ≥ 30 %

Sinon, exclusion

Régurgitation mitrale traitée par RVMC

Peuvent recommencer à conduire 1 mois après l’intervention si :

  • classes I à III de la NYHA

Peuvent recommencer à conduire 3 mois après l’intervention si :

  • classe I de la NYHA, et
  • FEVG ≥ 30 %

Sinon, exclusion

Sténose mitrale traitée par VMP†

Peuvent recommencer à conduire 48 heures après l’intervention si :

  • classes I à III de la NYHA

Peuvent recommencer à conduire 1 mois après l’intervention si :

  • classe I de la NYHA

Sinon, exclusion

Régurgitation tricuspidienne traitée par TEER†

Peuvent recommencer à conduire 48 heures après l’intervention si :

  • classes I à III de la NYHA

Peuvent recommencer à conduire 1 mois après l’intervention si :

  • classe I de la NYHA, et
  • FEVG ≥ 30 %

Sinon, exclusion

Régurgitation tricuspidienne traitée par RVTC

Peuvent recommencer à conduire 1 mois après l’intervention si :

  • classes I à III de la NYHA

Peuvent recommencer à conduire 3 mois après l’intervention si :

  • classe I de la NYHA, et
  • FEVG ≥ 30 %

Sinon, exclusion

Valvulopathies traitées chirurgicalement
Sténose aortique traitée par RCVA

Peuvent recommencer à conduire 1 mois après l’intervention chirurgicale si :

  • durée QRS stable‡ et aucun bloc atrio-ventriculaires de degré élevé§ en l’absence d’un stimulateur cardiaque permanent, et
  • classes I à III de la NYHA

Sinon, exclusion

Peuvent recommencer à conduire 3 mois après l’intervention chirurgicale si :

  • durée QRS stable‡ et aucun bloc atrio-ventriculaires de degré élevé§ en l’absence d’un stimulateur cardiaque permanent, et
  • classe I de la NYHA
  • FEVG ≥ 30 %

Sinon, exclusion

Régurgitation aortique traitée par RCVA

Peuvent recommencer à conduire 6 semaines après l’intervention chirurgicale si :

  • durée QRS stable‡ et aucun bloc atrio-ventriculaires de degré élevé§ en l’absence d’un stimulateur cardiaque permanent, et
  • classes I à III de la NYHA

Sinon, exclusion

Peuvent recommencer à conduire 3 mois après l’intervention chirurgicale si :

  • durée QRS stable‡ et aucun bloc atrio-ventriculaires de degré élevé§ en l’absence d’un stimulateur cardiaque permanent, et
  • classe I de la NYHA, et
  • FEVG ≥ 30 %

Sinon, exclusion

Sténose mitrale traitée par RCVM

Peuvent recommencer à conduire 6 semaines après l’intervention chirurgicale si :

  • classes I à III de la NYHA

Sinon, exclusion

Peuvent recommencer à conduire 3 mois après l’intervention chirurgicale si :

  • classe I de la NYHA

Sinon, exclusion

Régurgitation mitrale traitée par RCVM ou par RVMC

Peuvent recommencer à conduire 6 semaines après l’intervention chirurgicale si :

  • classes I à III de la NYHA

Sinon, exclusion

Peuvent recommencer à conduire 3 mois après l’intervention chirurgicale si :

  • classe I de la NYHA, et
  • FEVG ≥ 30 %

Sinon, exclusion

Régurgitation tricuspidienne traitée par RCVT

Peuvent recommencer à conduire 6 semaines après l’intervention chirurgicale si :

  • classes I à III de la NYHA

Sinon, exclusion

Peuvent recommencer à conduire 3 mois après l’intervention chirurgicale si :

  • classe I de la NYHA, et
  • FEVG ≥ 30 %

Sinon, exclusion

*Ces recommandations concernent l’aptitude à conduire après l’intervention; pour les personnes atteintes d’IC avancée persistante, se reporter à la section 14.4.

††Bien qu’il n’existe que très peu de données sur l’incapacité cardiaque soudaine à la suite de ces interventions, l’opinion concertée est que la prudence est de mise pour permettre le rétablissement approprié à la suite d’une hospitalisation, d’une immobilisation, d’une sédation et d’une intervention avec instrumentation vasculaire.

‡On définit la durée QRS stable comme l’absence de nouveau bloc de branche et un maintien de la durée QRS (dans les 10 %) dans les 24 heures suivant un RVAC ou un RVA.

§Un bloc atrio-ventriculaire de degré élevé correspond à un bloc atrio-ventriculaire du deuxième degré de type Mobitz II ou du troisième degré.

Remarque : FEVG = fraction d’éjection du ventricule gauche, IC = insuffisance cardiaque, NYHA = New York Heart Association, RCVA = remplacement chirurgical de la valve aortique, RCVM = remplacement chirurgical de la valve mitrale, RCVT = remplacement chirurgical de la valve tricuspidienne, RVA = remplacement valvulaire aortique, RVAC = remplacement valvulaire aortique par cathéter, RVMC = remplacement valvulaire mitral par cathéter, RVTC = remplacement valvulaire tricuspidien par cathéter, TEER = réparation percutanée bord à bord (valve mitrale), VMP = valvuloplastie mitrale percutanée.

Conseils pratiques
  • Les personnes atteintes de sténose ou de régurgitation aortique grave non traitée (classe IV de la New York Heart Association [NYHA]) ne peuvent pas conduire de véhicule non commercial. Pour pouvoir conduire des véhicules commerciaux, la sténose aortique doit être complètement asymptomatique (classe I de la NYHA).
  • Les personnes atteintes de sténose ou de régurgitation mitrale grave non traitée comme celles atteintes de régurgitation tricuspidienne (classe IV de la NYHA) ne peuvent conduire aucun véhicule.
  • Les personnes qui subissent un remplacement chirurgical de la valve aortique (RCVA) dont la durée QRS est stable et n’ayant pas de bloc atrio-ventriculaire de degré élevé peuvent recommencer à conduire un véhicule non commercial un mois après la date de l’implantation et un véhicule commercial trois mois après la date de l’implantation.
  • À moins de se maintenir dans la classe IV de la NYHA, les personnes qui ont subi une réparation percutanée bord à bord (TEER; pour transcatheter edge-to-edge repair) de la valve mitrale ou tricuspide peuvent recommencer à conduire des véhicules non commerciaux 48 heures après l’intervention.

14.4 Insuffisance cardiaque congestive, dysfonctionnement ventriculaire gauche, cardiomyopathie, transplantation

Les personnes qui ont une cardiomyopathie avec ou sans antécédents d’insuffisance cardiaque peuvent poser un risque sur la route. Le statut fonctionnel est un déterminant majeur de l’aptitude, tout comme la fraction d’éjection du ventricule gauche. Comme la mort subite est si courante dans ce groupe, on encourage les médecins à consulter cette section en même temps que la section 14.6, Rythme et dispositifs : dispositifs cardiaques électroniques implantables, bradyarythmies et tachyarythmies. En cas de conflit, la recommandation la plus restrictive s’applique.

TABLEAU 6 : Recommandations sur l’aptitude à conduire des personnes atteintes d’insuffisance cardiaque ou ayant reçu un DAVG ou une transplantation cardiaque
TroubleConducteurs et conductrices de véhicules non commerciauxConducteurs et conductrices de véhicules commerciaux
Insuffisance cardiaque
Classe I de la NYHAAucune restrictionAucune restriction si FEVG < 30 %
Classe II de la NYHAAucune restrictionExclusion si FEVG < 30 %
Classe III de la NYHAAucune restrictionExclusion
Classe IV de la NYHAExclusionExclusion
Sous traitement par inotropes en service ambulatoire ou à domicileExclusionExclusion
DAVG

Peuvent recommencer à conduire si :

  • au moins 2 mois depuis l’implantation, et
  • classe I ou II de la NYHA

Sinon, exclusion

Exclusion
Transplantation cardiaque

Peuvent recommencer à conduire si :

  • au moins 6 semaines écoulées depuis le congé, et
  • classe I ou II de la NYHA, et
  • traitement immunosuppresseur stable, et
  • réévaluation annuelle

Sinon, exclusion

Peuvent recommencer à conduire si :

  • au moins 6 mois écoulés depuis le congé, et
  • classe I de la NYHA, et
  • FEVG ≥ 50 %, et
  • réévaluation annuelle comprenant des examens pour exclure une ischémie active

Sinon, exclusion

Remarque : DAVG = dispositif d’assistance ventriculaire gauche, FEVG = fraction d’éjection du ventricule gauche, NYHA = New York Heart Association.
Conseils pratiques
  • Chez les personnes atteintes d’insuffisance cardiaque avec fraction d’éjection réduite, seules celles dont les symptômes correspondent à la classe I ou II de la New York Heart Association (NYHA) et dont la fraction d’éjection du ventricule gauche est ≥ 30 % peuvent conduire des véhicules commerciaux.
  • Les personnes qui conduisent des véhicules non commerciaux qui sont atteintes d’insuffisance cardiaque et dont les symptômes correspondent à la classe IV de la NYHA se verront retirer leur permis de conduire.

14.5 Arythmies et cardiomyopathies héréditaires

On reconnaît de plus en plus les personnes atteintes d’arythmies et de cardiomyopathies héréditaires dans la pratique clinique. Le risque posé par ces personnes lorsqu’elles prennent le volant repose principalement sur le risque de mort subite ou d’arythmie ventriculaire non mortelle (mais temporairement invalidante). L’ampleur du risque dépend des symptômes, de l’observance du traitement et de la stabilité de l’état au fil du temps.

TABLEAU 7 : Recommandations sur l’aptitude à conduire des personnes atteintes d’arythmies et de cardiomyopathies héréditaires
TroubleConducteurs et conductrices de véhicules non commerciauxConducteurs et conductrices de véhicules commerciaux
Syndrome de Brugada
Spontané de type 1, asymptomatiqueAucune restrictionAucune restriction (après évaluation en service de cardiologie)
Provoqué de type 1, asymptomatiqueAucune restrictionAucune restriction
Symptomatique, antécédents de syncope*Aucune restrictionExclusion (envisager la reprise de la conduite après ≥ 3 ans, avec évaluation en service de cardiologie§)
Symptomatique, antécédents d’arrêt cardiaquePeuvent recommencer à conduire après 3 moisExclusion
Syndrome du QT long
Asymptomatique, intervalle QTc < 500 msAucune restrictionAucune restriction si observance du traitement par β-bloquants recommandé
Asymptomatique, présence de caractéristiques à risque élevé (intervalle QTc > 500 ms pour les cas de syndrome du QT long de type 2 ou 3), prise des β-bloquants recommandésAucune restriction¶Exclusion, mais la reprise de la conduite peut être envisagée (selon l’avis des services de cardiologie) après 6 mois si observance du traitement par β-bloquants recommandé
Antécédent de syncope*, prise de β-bloquants†Peuvent recommencer à conduire après 3 moisExclusion, mais la reprise de la conduite peut être envisagée après 12 mois si observance du traitement par β-bloquants recommandé
Antécédent d’arrêt cardiaque, prise de β-bloquants†Peuvent recommencer à conduire après 3 moisExclusion (envisager la reprise de la conduite après ≥ 5 ans, avec évaluation en service de cardiologie§)
Cardiopathie arythmogène du ventricule droit
Diagnostic définitif‡ et aucun antécédent de syncope*Aucune restriction¶Exclusion (à moins que l’état ne soit stable et qu’une évaluation en service de cardiologie n’en décide autrement§)
Antécédent de syncope* et état stabilisé à l’aide d’un traitement adéquatPeuvent recommencer à conduire après 3 mois¶Exclusion (envisager la reprise de la conduite après ≥ 3 ans, avec évaluation en service de cardiologie§)
Antécédents d’épisodes d’arythmie ventriculaire soutenue et état stabilisé à l’aide d’un traitement adéquatPeuvent recommencer à conduire après 3 moisExclusion (envisager la reprise de la conduite après ≥ 5 ans, avec évaluation en service de cardiologie§
Aucun diagnostic définitif : présence de mutations génétiques, aucun membre de la famille ayant un diagnostic définitif de cardiomyopathie arythmogène du ventricule droit, diagnostic possible ou limiteAucune restrictionAucune restriction
Cardiolaminopathie
Antécédent d’épisode arythmie ventriculaire soutenue, état stabilisé à l’aide d’un traitement adéquatPeuvent recommencer à conduire après 3 moisExclusion (envisager la reprise de la conduite après ≥ 5 ans, avec évaluation en service de cardiologie§)
Absence de caractéristiques à risque élevéAucune restrictionAucune restriction
Présence de caractéristiques à risque élevé (deux ou plus : FEVG < 45 %, sexe masculin, TVNS ou mutations autres que faux-sens)Aucune restriction¶Exclusion
Autres cardiomyopathies arythmogènes
Antécédents d’épisodes d’arythmie ventriculaire soutenue, état stabilisé à l’aide d’un traitement adéquatPeuvent recommencer à conduire après 3 moisExclusion (envisager la reprise de la conduite après ≥ 5 ans, avec évaluation en service de cardiologie§)
Faible risque d’arythmie ventriculaire (< 1 % de risque annuel) selon l’avis des services de cardiologieAucune restrictionAucune restriction
Risque plus élevé d’épisodes d’arythmie ventriculaire selon l’avis des services de cardiologie

Aucune restriction si le risque annuel d’arythmie ventriculaire < 22 %

Conduite interdite si le risque annuel est de ≥ 22 %

Conduite interdite si le risque annuel d’arythmie ventriculaire ≥ 1 %
Cardiomyopathie hypertrophique
Antécédents d’épisodes d’arythmie ventriculaire soutenuePeuvent recommencer à conduire après 3 moisExclusion (envisager la reprise de la conduite après ≥ 5 ans, selon l’évaluation en service de cardiologie§)
No high-risk featuresAucune restrictionAucune restriction
Présence de caractéristiques à risque élevé : épaisseur de toute paroi cardiaque ≥ 30 mm, syncope*, tout dysfonctionnement systolique inexpliqué (FEVG < 50 %), et présence d’un anévrisme apical ou d’un risque d’arythmie ventriculaire > 6 % sur 5 ansEn cas de syncope, peuvent recommencer à conduire après 3 mois; si asymptomatique, aucune restriction¶Exclusion (envisager la reprise de la conduite après ≥ 3 ans, selon l’évaluation en service de cardiologie§, et après 60 ans)

*Une arythmie est présumée être à l’origine de la syncope.

†Si des β-bloquants sont recommandés. Des exceptions peuvent s’appliquer pour les patientes et patients qui ont des antécédents de dénervation sympathique du muscle cardiaque gauche.

‡Si une patiente ou un patient avec un diagnostic limite subit une syncope ou un épisode d’arythmie ventriculaire soutenue dû, après évaluation en service de cardiologie, à une cardiopathie arythmogène du ventricule droit, il faut appliquer les recommandations pour les personnes ayant un diagnostic définitif.

§Si le risque annuel d’altération de la conscience est jugé inférieur à 1 % selon l’avis des services de cardiologie.

¶Pour les cas de défibrillateurs cardioverteurs implantables, se rapporter à la section 14.6, Rythme et dispositifs : dispositifs cardiaques électroniques implantables, bradyarythmies et tachyarythmies.

Remarque : FEVG = fraction d’éjection du ventricule gauche, TVNS = tachycardie ventriculaire non soutenue.

Conseils pratiques
  • La conduite de véhicules commerciaux doit être restreinte pour les personnes qui sont atteintes d’insuffisance cardiaque avec une fraction d’éjection du ventricule gauche < 30 % et dont les symptômes correspondent à la classe I ou II de la New York Heart Association (NYHA).
  • Les personnes atteintes d’insuffisance cardiaque et dont les symptômes correspondent à la classe IV de la NYHA qui conduisent des véhicules non commerciaux se verront retirer leur permis de conduire.

14.6 Rythme et dispositifs : dispositifs cardiaques électroniques implantables, bradyarythmies et tachyarythmies

La tendance générale qui consiste à délaisser la stratification des risques guidée par des études d’électrophysiologie en faveur de la stratification des risques fondée sur la fonction du ventricule gauche se reflète dans les lignes directrices de 2023 de la SCC et dans les normes médicales de l’aptitude à conduire, car la plupart des essais cliniques de défibrillateurs implantables ont déterminé que la fonction du ventricule gauche constitue un des déterminants du risque des plus importants.

TABLEAU 8a : Recommandations sur l’aptitude à conduire des personnes ayant un stimulateur cardiaque
TroubleConducteurs et conductrices de véhicules commerciaux et non commerciaux
Stimulateurs cardiaques permanents
Stimulateurs cardiaques transveineux et sans électrodes, avec antécédents d’altération de la conscience ou de bloc auriculo-ventriculaire de haut degréExclusion pour 1 semaine après l’implantation, après quoi la personne peut recommencer à conduire
Stimulateurs cardiaques transveineux et sans électrodes, sans antécédents d’altération de la conscience ou de bloc auriculo-ventriculaire de haut degréAucune restriction*
Remplacement du boîtier de stimulateur cardiaqueAucune restriction*
Remplacement des électrodes ou contrôle de leur intégritéDans les cas d’antécédents d’altération de la conscience ou de bloc auriculoventriculaire de haut degré, exclusion pour 1 semaine après l’implantation, après quoi la personne concernée peut recommencer à conduire 

Sinon, aucune restriction*
*Les restrictions à la conduite relatives au rétablissement adéquat à la suite de l’hospitalisation, notamment quant au site d’intervention, à l’accès vasculaire et à l’analgésie prodiguée (p. ex., anesthésie générale ou sédatifs), s’appliquent à l’ensemble des interventions mentionnées (y compris celles avec la mention « Aucune restriction »).
TABLEAU 8b : Recommandations sur l’aptitude à conduire des personnes ayant un DCI*†
TroubleConducteurs et conductrices de véhicules non commerciauxConducteurs et conductrices de véhicules commerciaux
DCI transveineux
Prophylaxie primairePeuvent recommencer à conduire 1 semaine après l’implantationExclusion
Prophylaxie secondaire pour FV ou TV avec altération de la conscience; classes I à III de la NYHAPeuvent recommencer à conduire 3 mois après l’implantationExclusion
Prophylaxie secondaire pour TV sans altération de la consciencePeuvent recommencer à conduire 1 semaine après l’implantationExclusion
DCI sous-cutanéMêmes recommandations que pour les prophylaxies primaires et secondaires avec dispositifs transveineuxExclusion
Remplacement d’un boîtier de stimulateur cardiaque ou d’un défibrillateurAucune restriction§Exclusion
Remplacement des électrodes ou contrôle de leur intégritéPeuvent recommencer à conduire 1 semaine après l’interventionExclusion
DCI : forme de prestation du traitement
Administration de choc ou du traitement adéquat par DCI avec altération de la conscience ou autre invaliditéPeuvent recommencer à conduire 3 mois après l’épisodeExclusion
Traitement par DCI sans administration de choc (p. ex., stimulation antitachycardique) sans altération de la conscience ou ne causant pas d’autres invaliditésPeuvent recommencer à conduire 1 semaine après l’épisodeExclusion
Traitements par DCI inadéquatsAucune restrictionExclusion
Tempête électrique (≥ 3 épisodes de TV ou de FV en 24 heures)Exclusion pour 3 à 6 mois après l’épisode, selon la gravité de la tempête électrique et la prise en charge clinique; une évaluation en service de cardiologie est nécessaire pour déterminer si la personne peut recommencer à conduireExclusion

*Toutes les recommandations sont assujetties au jugement des médecins, qui tiendront compte d’éléments et de facteurs de risque d’arythmie et de syncope propres à la personne concernée. De plus, toutes les recommandations sont fondées sur des dispositifs dont les paramètres de fonctionnement sont satisfaisants (c.-à-d., une fonctionnalité normale). Dans les cas de seuils de saisie et de détection sous-optimaux, de programmation inhabituelle ou de fonctionnalités compromises, les restrictions devraient être à l’entière discrétion des médecins traitants.

†Il faudrait idéalement fournir une surveillance à distance à toutes les personnes qui reçoivent un DCI, pour s’assurer de détecter rapidement tout mauvais fonctionnement du stimulateur cardiaque, du défibrillateur ou des électrodes et ainsi non seulement prévenir un mauvais fonctionnement du dispositif ou de ses composantes, mais aussi atténuer les risques d’événements indésirables lors de la conduite. 

‡Ce n’est pas d’avoir un DCI qui empêche les personnes qui conduisent un véhicule de conduire, mais plutôt le trouble médical sous-jacent (p. ex., un dysfonctionnement ventriculaire, des antécédents d’arythmie ventriculaire). 

§Les restrictions à la conduite relatives au rétablissement adéquat à la suite de l’hospitalisation, notamment quant au site d’intervention, à l’accès vasculaire et à l’analgésie prodiguée (p. ex., anesthésie générale ou sédatifs), s’appliquent à l’ensemble des interventions mentionnées (y compris celles avec la mention « Aucune restriction »).

Remarque : DCI = défibrillateur cardioverteur implantable, FEVG = fraction d’éjection du ventricule gauche, FV = fibrillation ventriculaire, TV = tachycardie ventriculaire.

Conseil pratique
  • On peut devoir imposer des restrictions plus contraignantes (par rapport aux restrictions normales de retrait du permis pour trois mois) aux personnes ayant eu un épisode de tempête électrique, selon la gravité de la tempête et sa prise en charge clinique (ablation et/ou traitement aux antiarythmiques). On peut devoir prolonger la durée des restrictions chez les personnes souffrant de grappes d’épisodes d’arythmie, de chocs causés par leur défibrillateur cardioverteur implantable et d’un plus grand nombre d’épisodes d’arythmie par grappe (ou d’une durée réduite de la grappe), à la discrétion des médecins traitants.
 

 

TABLEAU 8c : Recommandations sur l’aptitude à conduire des personnes ayant une bradycardie
TroubleConducteurs et conductrices de véhicules commerciaux et non commerciaux*
Dysfonctionnement du nœud sinusal
Dysfonctionnement du nœud sinusal sans altération de la conscienceAucune restriction
Dysfonctionnement du nœud sinusal avec altération de la conscience (syndrome de dysfonctionnement sinusal)Exclusion jusqu’à la mise en place d’un traitement adéquat par stimulateur cardiaque
Fibrillation auriculaire avec pauses de conversion (≥ 5 secondes) ou pauses de conversion avec altération de la conscienceExclusion jusqu’à la mise en place d’un traitement adéquat par stimulateur cardiaque
Blocs AV et blocs fasciculaires†
Bloc AV du premier degré isoléAucune restriction si aucune altération de la conscience‡
Bloc de branche droit isolé, bloc fasciculaire antérieur gauche isolé ou bloc fasciculaire postérieur gauche isoléAucune restriction si aucune altération de la conscience‡
Bloc de branche gaucheAucune restriction si aucune altération de la conscience‡
Bloc bifasciculaireAucune restriction si aucune altération de la conscience‡
Bloc AV du deuxième degré (type Mobitz I)Aucune restriction si aucune altération de la conscience‡
Bloc AV du premier degré avec bloc bifasciculaireAucune restriction si aucune altération de la conscience‡
Bloc AV du deuxième degré (type Mobitz II)Exclusion jusqu’à la mise en place d’un traitement adéquat par stimulateur cardiaque
Bloc de branche gauche et droite en alternanceExclusion jusqu’à la mise en place d’un traitement adéquat par stimulateur cardiaque

Bloc AV acquis du troisième degré

Exclusion jusqu’à la mise en place d’un traitement adéquat par stimulateur cardiaque ou à la résolution dans les cas où la cause est réversible (p. ex., infarctus de la région inférieure du myocarde, cardite de Lyme)
Bloc AV congénital du troisième degréAucune restriction; anticoagulants chroniques si indiqués sur le plan clinique, aucune altération de la conscience

*Pour les conducteurs et conductrices de véhicules commerciaux, on recommande un suivi annuel par les médecins traitants pour évaluer les symptômes et la progression potentielle de troubles de conduction. 

†Des facteurs spéciaux doivent être pris en considération dans les cas de troubles de conduction en concomitance avec certaines cardiomyopathies (p. ex., la sarcoïdose) et de troubles héréditaires variés (laminopathies, dystrophies musculaires). Pour ces personnes, les restrictions à la conduite sont à la discrétion des médecins traitants. 

‡En l’absence d’antécédents d’altération de la conscience, aucune restriction de conduite n’est nécessaire pour les personnes atteintes de bloc AV du premier degré, de bloc de branche droit isolé, de bloc fasciculaire antérieur gauche, de bloc de branche gauche, de bloc bifasciculaire, de bloc AV du deuxième degré (type Mobitz I), de bloc AV du premier degré avec bloc bifasciculaire et de bloc AV congénital du troisième degré. Toutefois, en présence d’antécédents d’altération de la conscience, la conduite est interdite jusqu’à l’implantation d’un dispositif cardiaque électronique.

Remarque : AV = auriculo-ventriculaire.

Conseil pratique
  • On peut devoir interdire la conduite chez les personnes atteintes d’un bloc auriculo-ventriculaire du troisième degré en présence de symptômes ou de signes prononcés de bradycardie (pauses dans le rythme jonctionnel > 3 secondes). Les décisions concernant l’implantation d’un dispositif cardiaque électronique et les restrictions à la conduite doivent être prises à la discrétion des médecins traitants qui s’y connaissent en cardiopathies congénitales.
 

 

TABLEAU 8d : Recommandations sur l’aptitude à conduire des personnes avec tachyarythmies
TroubleConducteurs et conductrices de véhicules non commerciauxConducteurs et conductrices de véhicules commerciaux
Arythmie ventriculaire*
FV (aucune cause réversible)Peuvent recommencer à conduire 3 mois après l’épisode initialExclusion
TC/FV attribuable à une cause réversible†Exclusion jusqu’au traitement réussi du problème médical sous-jacent
TV instable sur le plan hémodynamique ou TV avec altération de la consciencePeuvent recommencer à conduire 3 mois après l’épisodeExclusion
TV soutenue avec cardiopathie structurelle sans altération de la conscience (chez les patientes et patients sans DCI)‡Peuvent recommencer à conduire 3 mois après l’épisodeExclusion
TV soutenue§ sans cardiopathie structurelle (p. ex., TV idiopathique) sans altération de la consciencePeuvent recommencer à conduire 1 semaine après l’épisode, sous réserve d’un contrôle satisfaisantExclusion
Tachycardie supraventriculaire, fibrillation auriculaire ou flutter auriculaire
Avec altération de la conscienceExclusion jusqu’à un contrôle satisfaisant 
Sans altération de la conscienceAucune restriction 
À la suite d’une étude d’électrophysiologie ou d’une intervention d’ablation d’arythmie par cathéterPeuvent recommencer à conduire 48 heures après l’intervention en l’absence de nouveaux troubles de conduction, de dysrythmies ou d’exacerbation du problème de santé sous-jacent¶ 

*Toutes les personnes pour qui un DCI est indiqué (c.-à-d., une TV ou une VF sans cause réversible, une TV instable sur le plan hémodynamique ou une TV avec altération de la conscience) devraient le recevoir.

†Les exemples de cause réversible de TV ou de FV incluent notamment une FV dans les 24 heures suivant un infarctus du myocarde, une FV pendant une angiographie coronarienne, une FV avec électrocution et une FV secondaire à la toxicité médicamenteuse. Les recommandations sur les FV à cause réversible l’emportent sur les recommandations relatives aux FV (sans cause réversible) si la cause réversible est traitée avec succès et s’il n’y a pas de récurrence de FV.

‡Pour les personnes ayant un DCI, se référer aux recommandations relatives aux DCI (tableau 8b).

§Une TV soutenue est une TV d’une durée de plus de 30 secondes ou qui entraîne une atteinte hémodynamique dans les 30 secondes.

¶Les restrictions à la conduite relatives au rétablissement adéquat à la suite de l’hospitalisation, notamment quant au site d’intervention, à l’accès vasculaire et à l’analgésie prodiguée (p. ex., anesthésie générale ou sédatifs), s’appliquent à l’ensemble des interventions mentionnées (y compris celles avec la mention « Aucune restriction »).

Remarque : DCI = défibrillateur cardioverteur implantable, FV = fibrillation ventriculaire, TV = tachycardie ventriculaire.

Conseils pratiques
  • Les personnes atteintes de tachycardie supraventriculaire, de fibrillation auriculaire ou de flutter auriculaire avec altération de la conscience peuvent continuer à conduire à la discrétion des médecins traitants et sous réserve d’un contrôle satisfaisant de l’arythmie. 
  • Les symptômes associés à la tachycardie supraventriculaire touchent plus souvent les femmes que les hommes.

14.7 Syncope

Un mécanisme vasovagal est à l’œuvre dans la plupart des épisodes de syncope, que l’on peut habituellement diagnostiquer à partir de l’anamnèse et qui ne justifie pas une investigation plus poussée. Lorsque l’origine de la syncope n’est pas clairement vasovagale, d’autres examens s’imposent pour poser un diagnostic et orienter un traitement possible.

Une personne ayant une cardiopathie structurelle (p. ex., une fraction d’éjection réduite, une valvulopathie importante, un infarctus du myocarde antérieur ou une cardiopathie congénitale importante) peut présenter un risque élevé; il faut donc restreindre ses privilèges de conduite pendant que l’on clarifie la cardiopathie sous-jacente et la cause de la syncope.

TABLEAU 9 : Recommandations sur l’aptitude à conduire des personnes ayant subi un épisode de syncope
TroubleConducteurs et conductrices de véhicules non commerciauxConducteurs et conductrices de véhicules commerciaux
Épisode unique de syncope vasovagale typiqueAucune restriction
Syncope vasovagale répétitive (dans les 12 mois)Aucune restriction
Épisode de syncope ayant une cause réversible ou ayant été traitée (p. ex., syncope orthostatique, hémorragie, déshydratation)Peuvent recommencer après 1 semainePeuvent recommencer après 1 mois
Syncope réactionnelle avec facteur déclenchant évitable (p. ex., syncope de la miction, syncope de la défécation)Peuvent recommencer après 1 semainePeuvent recommencer après 1 mois
Épisode unique de syncope inexpliquéePeuvent recommencer après 1 semainePeuvent recommencer après 12 mois
Épisode répétitif de syncope inexpliquée (dans les 12 mois)Peuvent recommencer après 3 moisPeuvent recommencer après 12 mois
Syncope attribuable à une tachyarythmie documentée ou à une tachyarythmie inductible au cours de l’étude d’électrophysiologieSe reporter à la section 14.6, Rythme et dispositifs : dispositifs cardiaques électroniques implantables, bradyarythmies et tachyarythmies
Épisode de syncope ayant une cause diagnostiquée et traitée (p. ex., stimulateur cardiaque permanent pour bradycardie)Se reporter à la section 14.6, Rythme et dispositifs : dispositifs cardiaques électroniques implantables, bradyarythmies et tachyarythmies
Conseils pratiques
  • La syncope est symptomatique d’un vaste assortiment de pathologies cardiovasculaires sous-jacentes qui couvre un large éventail de risques lors d’épisodes répétitifs. C’est ce qui illustre l’importance d’un examen approprié chez les personnes qui présentent une syncope pour déterminer la cause sous-jacente.
  • Les personnes qui ont des épisodes de syncope vasovagale présentent un faible risque d’éprouver un épisode en conduisant, même celles chez qui la syncope est répétitive, éliminant ainsi la nécessité de restreindre la conduite.

14.8 Cardiopathie congénitale et cardiopathie cyanogène

Les personnes atteintes d’une cardiopathie congénitale, y compris d’une cardiopathie cyanogène, présentent un risque d’incapacité cardiaque soudaine qui peut aller de bénin à important, et peuvent nécessiter une évaluation en service de cardiologie. Les directives des autres sections se rapportant à plusieurs troubles particuliers peuvent s’appliquer; toutefois, il arrive souvent qu’il soit nécessaire de procéder à des évaluations individuelles du risque particulières à la configuration des lésions structurelles et à leur gravité et prenant en compte leur potentiel de causer une incapacité soudaine.

TABLEAU 10 : Recommandations sur l’aptitude à conduire des personnes ayant une cardiopathie cyanogène ou un syndrome Eisenmenger
TroubleConducteurs et conductrices de véhicules commerciaux et non commerciaux
Cardiopathie cyanogène/syndrome EisenmengerAucune restriction, sauf en présence d’autres troubles limitants Évaluation du risque en service de cardiologie recommandée
Practical tips
  • Les personnes qui ont une cardiopathie congénitale (corrigée ou non) complexe doivent discuter de leur aptitude à conduire avec le personnel d’un service spécialisé dans le domaine.
  • Les personnes qui ont besoin d’un apport en oxygène doivent faire l’objet d’une évaluation attentive, possiblement avec l’aide de spécialistes en médecine respiratoire, pour déterminer leur aptitude à conduire. Le cas échéant, il faut respecter la réglementation locale concernant l’utilisation de systèmes d’administration d’oxygène dans les véhicules.
 

14.9 Pression artérielle anormale

14.9.1 Hypertension

L’hypertension, autre que l’hypertension maligne incontrôlée, n’interdit pas en soi de conduire un véhicule automobile de toute catégorie, même si les complications que peut causer une élévation de la pression artérielle, comme les dommages cardiaques, oculaires ou rénaux, peuvent très bien empêcher de conduire en toute sécurité. L’hypertension soutenue de plus de 170/110 mmHg s’accompagne souvent de complications qui rendent la conduite dangereuse; c’est pourquoi il faut évaluer les patientes et patients attentivement.

Les conducteurs et conductrices de véhicules commerciaux doivent satisfaire à des normes plus rigoureuses. Il faut envoyer un conducteur ou une conductrice de véhicules commerciaux qui a une pression artérielle de 170/110 mmHg ou plus consulter en médecine interne ou dans un autre service spécialisé approprié pour un deuxième avis. En raison des risques à long terme associés à une hypertension soutenue (plus de 170/110 mmHg), il ne faut pas recommander d’accorder un permis de conduire des véhicules commerciaux aux personnes incapables de ramener leur pression artérielle au-dessous de cette fourchette.

14.9.2 Hypotension

L’hypotension n’empêche pas de conduire un véhicule automobile de tout type, sauf si elle cause des syncopes (se référer à la section 14.7, Syncope).

14.10 Anticoagulants

Même si l’usage d’anticoagulants n’empêche pas en soi de conduire un véhicule de toute catégorie, il se peut que le problème sous-jacent requérant l’usage de l’anticoagulant ne permette pas de conduire.


Références

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